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Les dédicaces de bandes dessinées, ainsi que leur vente aux enchères, ont enclenché un processus salutaire : {« Il est nécessaire de repenser le système »}, comme le disent très justement  PhilippeXavier &  Philippe Delaby link Mais selon moi, ne s’intéresser qu’à l’objet fini et son devenir, ce n’est qu’un petit bout du problème. Il faut repenser tout la chaîne qui aboutit à faire dédicacer les auteurs !

Depuis le jour légendaire lors duquel Franquin fit un dessin plutôt qu’une simple signature, le phénomène n’a cessé de croître, pour devenir une activité en soi. On ne compte plus les salons et festivals, du plus professionnel au plus amateur, pour lesquels chaque auteur peut quitter son domicile en fin de semaine pour partir dédicacer ses albums. Il a même le choix devant lui, avec trois à cinq salons possibles selon les dates. (J’exclue volontairement de ce propos la dédicace en librairie, car celui-ci le libraire est notre partenaire commercial naturel ! Le rapport est donc totalement différent.)

Bénéfice du salon ? Pour les auteurs, pas si sûr…

Le festival est bien une activité économique, puisqu’une ville (ou un lieu) met en place une manifestation où l’on vend des livres, où des gens vont venir consommer dans les restaurants, boire dans les cafés, se loger dans les hôtels, bref ce qui caractérise toute foire quelle qu'en soit le motif (la bande dessinée ou charcuterie de pays).

Bien sûr, on nous dit : {« Attention c’est souvent organisé par des bénévoles, pour qui il n’est pas question d’argent, mais bien de réussir l’événement. »} D’accord ! mais l’objectif de toute manifestation de ce type ne se mesure pas au bénéfice dégagé, mais aux retombées plus larges sur le lieu, son image et son développement culturel.

En général, on oublie systématiquement dans ce bilan la matière première d’un salon de la bande dessinée. Ou plus simplement, on ne veut pas le voir, tellement il est évident ! Un salon se base sur le principe assez unique que des professionnels (les auteurs de bandes dessinées) viennent et travaillent gratuitement pendant deux jours en échange d’un lit de plus ou moins bonne qualité, et de quelques repas chauds.

Le visiteur lambda et l’amateur peuvent penser qu’il s’agit là d’une opération de promotion… En fait, il n’en est rien ! La dédicace dessinée prend suffisamment de temps pour que, contrairement à un écrivain, le niveau de vente dans un salon soit sans intérêt, même pour les plus habiles d’entre nous. Si on considère également que la plupart des auteurs sont payés en avance sur droits, l’intérêt financier n’existe même plus.

Venir gratuitement en salon : une façon de se faire connaître ?

Au sens publicitaire, il suffit d’y réfléchir sérieusement : même si la présence d’un auteur peut l’aider à découvrir de nouveaux lecteurs, ceci reste infime. Même s’il part de chez lui tous les week-ends, et qu’une vingtaine de personnes le découvrent  à chaque fois, sur une année complète passée en salon, cela donne un chiffre ridiculement bas sur le tirage d’un album.

En faisant donc le bilan du temps passé, du travail, du voyage, de la fatigue, du volume d’activités autour de ce ‘geste gratuit’, ce phénomène a atteint aujourd’hui ses limites. Je crois que l’on ne peut plus décemment nous demander de venir travailler, sans la moindre contrepartie financière.

En, effet, tout le monde trouve plus ou moins son compte dans ce système, sauf les auteurs.

L’éditeur n’a rien contre : il vend ses livres s’il y a libraire, il fait aussi son métier (je ne dis pas que c’est le jackpot à chaque fois, mais il fait son travail). Les auteurs dans ce système sont bénévoles, comme les organisateurs qui sont des passionnés.  Mais si on comprend très bien ces amateurs qui réalisent «  leur événement »   de l’année, il n’en est pas de même pour l’auteur, pour qui  c’est devenu la routine de son métier.

En nous prêtant au jeu depuis des années, nous avons donc créé un besoin, une envie chez beaucoup de collectionneurs et de lecteurs, dont nous nous devons aujourd’hui d’y répondre ! Mais cela ne peut plus se faire dans les conditions actuelles.

Alors quelles solutions ?

J’avoue ne pas en avoir de toute prête. Certains pensent à la dédicace payante,  {à l’américaine} ! Pourquoi pas… Je préférerai peut-être une solution où nous facturons notre prestation au salon qui nous fait venir, ce qui nous éviterait de nous transformer en commerçant. Dans le même cadre, les conditions d’hébergement et de réception des auteurs pourraient également être contractuellement définies, car il me semble que sur ce point également, nous glissions sur une pente descendante.

Alors on va me dire : {« Mais tous les salons ne pourront pas supporter ce coût ! »} Sans doute… Mais cela fera un clivage, voire une sélection parmi cette multitude. Car il faut bien comprendre que si l’offre est aussi vaste actuellement, si les manifestations sont aussi nombreuses, c’est justement parce que, jusqu’à aujourd’hui, ceux qui en sont le moteur ne coûtent rien.

 

Jacques Terpant

 

cette tribune et les réactions sur actua BD link

 

 

Dans l'avenir mon attitude sur les festivals sera la suivante:

 

Je vais dans un salon par envie (des amis sur place ,je connais l'organisation etc... ) c'est une volonté de ma part.

je suis invité mais Je fais l'affiche etc... c'est une activité professionelle.

je ne connais pas le salon ,je facture ma présence.

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