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être vice-consul de Patagonie

La Patagonie Littéraire, comporte un annuaire bien rempli. L'une des fonctions possibles et fort prisée et l' obtention d'un Vice-consulat, lié à un lieu (modeste, c'est mon cas) voire d'un pays complet (nous avons un vice-consul pour l'Azerbaïdjan) . Il faut bien sur être déjà sujet de sa majesté Orélie Antoine premier, qui de sa tombe vide de Tourtoirac, règne à jamais, et ensuite écrire au consul général Jean Raspail une lettre de demande.
Voici la mienne :

Monsieur Le consul général,



Je viens solliciter auprès de la chancellerie l’ouverture d’un vice -consulat sur la terre d’Hostun.

Ce petit morceau du Dauphiné donnait autrefois au roi, des chevaliers, des maîtres des machines, des maréchaux ou des ambassadeurs. Le roi soleil en fit un duché paierie,bien haute distinction pour un petit pays accroché aux falaises du Vercors et qui ne comportait pas même un gros bourg, à peine une vague succession de villages et hameaux.
Ceux qui le tenaient,depuis l’an mil,et l’avaient porté si haut ,chevalier sur leur motte, puis homme de cour, eurent la sage idée de mourir avant la fin du 18ème siécle ,certes de blessures de guerre, mais entourés d’oeuvres d’art qui aujourd’hui garnissent les murs du Louvre.

Derrière eux passa le souffle de la révolution qui ici ne fût qu’une petite bise.
On se souvenait s’être beaucoup massacré pendant les guerres de religion et on en avait retenu la leçon.On aborda alors un long siècle qui sans que l’on s’en rende compte ,fut un long déclin.qui arrive aujourd’hui à son terme .

ce pays, construit à la houe ,bien autant que par l’épée, par des générations de paysans à qui les premiers moines bénédictins avaient enseigné que là, autour de l’église Saint Martin, là où on enterrrait leurs morts et où on les coucherait à leur tour le temps venu ,là il fallait rester ,ne plus essarter et aller plus loin ,mais faire souche.

Et ils le firent, génération après génération pendant mille ans ,jusqu’ à ce vingtième siécle commencé dans une boucherie où ils partirent la fleur au fusil.
Mais la mort du monde qu’ils défendaient n’était pas encore là .Elle est venue insidieusement sans sifflement d’obus ni mitraille. Elle a patienté deux générations de plus ,fauchant à chaque décade un peu plus loin,un peu plus large.

Et ils sont tous partis, les plus faibles en premier :la masse des journaliers, les domestiques que personne ne pouvaient plus employer.Presque en même temps qu’eux les notables, qui n’avaient plus les moyens de régner ,les anciens rentiers de la terre, les notaires...tous disparus.

Puis patiemment un par un les paysans ,qui étaient déjà devenus des agriculteurs,et dont les derniers descendants ,industriels de la terre ou fonctionnaires déguisés de l’Europe, à peine une poignée,n’ont pas plus de parenté avec leur aîeux qu’un indien métissé ,tenancier de casino avec Grazy Horse.

Je suis le dernier... celui qui se souvient des hommes, et comme la dernière des Onas ,j’ai dans la tête une langue que plus personne ne comprend. Où bien suis je encore dans la barque ? avec le dernier groupe d’Alakalufs qui navigue, et qui sait que la fin est là.

Alors il est temps ! je suis remonté au plus haut de mon territoire ,là d’où la vie était partie en premier,j’ai relevé la dernière maison,aussi haute que le vieux château,restauré les murs au vieux meneaux et de là ,si vous le voulez bien, je place sous l’autorité du Roi Orélie Antoine premier tout le mandement d’Hostun.
Bien sûr le siége est déja commencé,je vois dans la plaine, les signes avant coureur de la nouvelle guerre ,les lotissements qui progressent vers le camp des saints.

Mais je ne viens pas seul,ils montent avec moi sous la vieille croix engrelée :Ragner fils de Matfred ,qui du haut de sa tour de bois imposa son nom et les ombres de tous ses descendants qui de Crécy au siége de Rhodes, à Versailles marquèrent leur époque.
Ils montent avec moi : Les laboureurs, les journaliers, les moines de l’ ancien prieuré,les curés en soutanes élimées,la foule des artisans et des petits propriétaires, du temps ou ce mot signifiait un métier.

En leurs noms ,je viens vous demander Monsieur le consul général l’ouverture du vice consulat d’Hostun ,regroupant comme au temps de son Duché les communautés: d’Hostun, de la Baume d’Hostun ,d’Eymeux, de Saint Nazaire,de Saint Thomas,de Rochechinard, de La Motte Fanjas, de Saint Jean en Royans,d’Oriol et de Saint Martin le Colonel.

Vive le roi!

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