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J Terpant à Saint-Malo (par fred Mangé - éditeur)

J Terpant à Saint-Malo (par fred Mangé - éditeur)

Nous étions à Nérac aux « Rencontres Chaland »; il y avait là des "Chaland canal historique", Luc Cornillon et moi-même, et des auteurs (jeunes ou moins) influencés par lui. Le débat était animé par Didier Pasamonik, qui comme éditeur, lui avait donné carte blanche si souvent. Le débat portait sur la trace qui était la sienne et dont ce salon n'est pas la moindre preuve.

Le soir, attablé avec quelques fidèles, l'un de ses lecteurs avança une phrase de Frank Le Gall qui me parut tout à fait lumineuse : « Vous êtes la génération perdue de la bande dessinée ».

Rien n'est plus exact.

Pour le comprendre il faut revenir aux années 60. Gosciny, dans Pilote entama la seule révolution, il tira la bande dessinée vers le haut en l'arrachant du carcan de la presse jeunesse.

Sa révolution éclata plus tard en d'autres mouvances révolutionnaires, qui donnèrent l'Echo des Savanes, Métal Hurlant etc...

Nous fûmes lecteurs de ces périodes, nous avions enfants, été bercés par Spirou et Tintin, nous avions lu Pilote au collège, au lycée sortait Métal Hurlant. Tout ceci était formidable, nous n'avons eu qu'à lire et aimer ces auteurs et quand le moment fut venu d'en être, ceci nous suffisait amplement.

Aujourd'hui 25 ans après la disparition d'Yves Chaland, on plaque sur son travail des mots et des fantasmes d'aujourd'hui; Chaland ramène le belge dans la lumière et fait une « rupture » radicale avec … etc. C'est beau comme du Bernard Henri Lévy, mais cela n'est en rien la réalité. La commémoration des morts, n'est là qu'au service des vivants.

Chaland avait suivi le processus, et il n'était, comme toute notre génération, en rupture avec rien de ce qui ne l'avait précédé. Il était au contraire « l'école des chartes du belge », un expert, ce qui lui permettait de revenir au Spirou de Jijé, mais de la même façon, qu'il faisait réimprimer des dos de reliure Spirou, sur le papier d'origine retrouvé pour restaurer ses collections. Chaland était un expert. Certes ses histoires étaient plus sombres, elles reflétaient son personnage, mais en aucun cas, il ne se vivait en rupture avec ce monde, il en était davantage le gardien.

Ce discours de rupture, de se construire contre, n'est pas le nôtre, il est venu ensuite. Il ne nous ressemble pas.

C'est la tendance de « l'Association « qui est arrivée plus tard, et qui s'est bâtie « contre ce qui a précédé » tout ce qui avait précédé : les formats d'albums, le style des auteurs, les histoires etc. Cela ressemble à la nouvelle vague du cinéma. Leur parcours d'ailleurs est en tout point semblable, tous révolutionnaires et devenus des « institutionnels », certains habitent chez Télérama, ils dirigent des collections, distribuent les prix dans les grands festivals.

Mais le discours a porté, les générations précédentes toutes tendances confondues, ont été « ringardisées ». Les médias, bien peu intéressés par la bande dessinée, mais toujours séduit par le discours révolutionnaire dont ils se croient issus, ont largement sanctifié le discours, entrouvrant pour la première fois la porte à ce média qu'ils avaient toujours négligé.

Nous n'avions rien à voir avec tout cela, nous étions des lecteurs, heureux de nous être assis à côté de ceux que nous avions lu, sur des strapontins, pour certains, d'avoir juste un peu passé par là pour d'autres, d'avoir gagné une place à table pour les meilleurs, mais nous n'avions pas d'autre ambition que d'être là, au Valhalla, avec ceux qui nous avaient précédés.
Chaland trop tôt disparu, échappa au jugement fatal, on plaqua juste sur son travail et sa mémoire, le regard nécessaire de rupture pour le sanctifier.

Nous sommes la génération perdue.

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